Articles

La racoleuse, Pickup, Hugo Haas, 1951

Image
Hugo Haas a une mauvaise réputation, c’est tout juste si on ne le désigne pas comme le Ed Wood du film noir. Dans sa pourtant excellente étude, Arthur Lyons traite Hugo Haas par-dessus la jambe, avançant qu’il a répété à l’infini le thème du trio qu’on trouve par exemple dans The Postman Always Rings Twice [1] . Ce n’est pas juste, ou alors il faut voir tous les films avec un trio plus ou moins adultérin comme un dérivé de l’ouvrage de James M. Caïn. Cette mauvaise réputation est usurpée, mais se fonde surtout sur le fait que ce cinéaste n’a jamais eu des budgets adéquats. C’est l’abonné des films de Série B fauchés, mais la Série B fut une pépinière de réalisateurs très indépendants qui volontairement s’écartaient des studios importants qui bridaient leur liberté. Hugo Haas était un acteur tchèque d’origine juive, qui arriva aux Etats-Unis en fuyant son pays passé sous le joug de l’Allemagne nazie. Il va d’abord tourner sous la direction de très nombreux réalisateurs. Mais il va en...

Robert Hossein et les nazis

Image
La nuit des espions, Robert Hossein, 1959   On s’intéresse assez peu à la carrière des acteurs en regardant vers quels rôles ils se sont dirigés. Il y a pourtant là une manière de système qui éclaire leur personnalité. Durant sa longue carrière, Robert Hossein a endossé très souvent le costume du mauvais garçon, du voyou, mais aussi du nazi. Dans tous ces rôles il était voué à disparaitre. Il incarnait souvent mal comme une manière de l’exorciser. On ne trouverait pas une telle récurrence par exemple chez Jean-Paul Belmondo. Et donc même si Robert Hossein a souvent dit que dans sa carrière cinématographique il prenait tout ce qu’on lui présentait, il est aussi tributaire de ses choix autant que de son allure physique. Celle-ci le vouait évidemment aux personnages sombres. Dans sa filmographie, il a été marqué par la Seconde Guerre mondiale. On le retrouve dans des rôles de résistants, par exemple en 1959 dans La sentence de Je...

Meurtres à responsabilité limitée, Chicago Syndicate, Fred F. Sears, 1955

Image
    Voilà un bon film noir exhumé des profondeurs de l’oubli, une très bonne surprise. C’est un film à petit budget, sans être un film de série B pour autant, produit par Sam Katzman pour la Columbia. Sam Katzman a beaucoup donné dans le film noir de qualité intermédiaire, ni trop fauché, ni trop nanti. C’est lui qui poussera notamment William Castle vers la réalisation. C’est un film qui s’appuie sur des recettes éprouvées. On va prendre un bon scénario, démarqué des films d’Anthony Mann comme T-Men ou Raw Deal, en développant le thème de l’infiltré, donc pas mal d’action. Ensuite on prend une vedette, Dennis O’Keefe, un acteur très connu, mais un peu sur la pente déclinante qui n’exige plus des cachets importants. Et puis on va filmer la rue dans le Chicago des années cinquante, ce qui donne de la vérité à l’histoire, et qui économise les frais de studio parce qu’on tourne en décors naturels. Le réalisateur c’est Fred F. Sears. S’il n’a rien tourné de mémorable, c’est pour...

Johnny Gunman, Art Ford, 1957

Image
  Ne vous fiez surtout pas à la laideur de l’affiche, vos vous priveriez d’un film très original. C’est un vrai film noir de série B. Ce film obscur, complètement passé sous les radars des spécialistes du genre, n’est même pas répertorié dans le livre-somme d’Arthur Lyons, c’est dire. Des informations sur ce film, il y en a très peu. Le réalisateur, Art Ford, est encore moins connu que son film, on sait qu’il a tenu des petits rôles ici et là, et qu’il a été animateur de radio, spécialisé dans les émissions de jazz. La firme qui a produit ce film, Tudor Picture, n’est pas connue non plus, non plus que les producteurs du film, Will Kholer n’a produit qu’un autre film la même année, So Lovely… so Deadly – invisible aujourd’hui – et ses associés, Jean King et Dan Stampler en sont resté à Johnny Gunman. On a à peu près aucun renseignement de près ou de loin sur ce long métrage et sur ceux qui l’ont fait. C’est le genre d’œuvre qui est sans doute le produit du recyclage de l’argent d...