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Jean-Pierre Melville les gares, les trains et le métro

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Melville et Bourvil sur le tournage du Cercle rouge   Bernard Stora trouvait qu’il y avait une passion enfantine chez Melville pour les trains et les gares [1] . C’était bien vu, mais à mon sens cela dépasse de beaucoup les rémanences de l’enfance. Il faut la relier à son éduction cinématographique. De l’influence du cinéma étatsunien, Melville retiendra beaucoup d’éléments pour construire son esthétique si singulière. Parmi ceux-là il y a un intérêt très fort pour les gares et les trains mais aussi le métro. On trouve cette thématique dans Quand tu liras cette lettre, Le doulos, L’ainé des Ferchaux, Le deuxième souffle, Le samouraï, L’armée des ombres, Le Cercle rouge et Un flic, soit plus de la moitié de sa filmographie. Cet intérêt commence à apparaitre dans Quand tu liras cette lettre, en 1953, un film renié par Melville lui-même, mais pourtant qui est la fondation de son intérêt pour le film noir. Avant cela il n’avait fait que deux longs métrages qui tous deux étaient dé...

Bernard Stora, Dans le cercle rouge, Denoël, 2025

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Bernard Stora qui a fait une petite carrière au cinéma, mais qui a surtout fait de la télévision, a été dans ses débuts un assistant réalisateur sur des films importants – je veux dire par là sur des grosses machines où il faut gérer énormément de choses. Il l’a été aussi bien pour Verneuil, Le clan des Siciliens et Le casse, que pour John Frankenheimer, French Connection 2 ou Anatole Litvak, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil. Il fut aussi produit par Alain Delon lui-même pour Le jeune marié, un film peu connu, mais qui avait eu un bon succès critique. Il fut avant cela   assistant sur Le cercle rouge, film qui a été le plus gros succès public de Melville et qui venait juste après L’armée des ombres. Pour moi Le cercle rouge marque le début du déclin de Melville, déclin qui se confirmera avec Un flic. Son apogée a été les trois films qui ont précédé Le cercle rouge, Le deuxième souffle, Le samouraï, et L’Armée des ombres. Pour Le cercle rouge, Bernard Stora en co...

L’étranger, François Ozon, 2025

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  Pour dire la vérité, je suis allé voir ce film un peu à reculons. Pour plusieurs raisons, d’abord parce que je connaissais très bien le livre d’Albert Camus, et que je connaissais aussi la version audio enregistrée par Albert Camus lui-même. Ensuite j’avais vu le film de Luchino Visconti qui était selon moi raté et qui avait reçu à sa sortie une volée de bois vert. Évidemment Ozon, ce n’est pas Visconti, et le pâlot Benjamin Voisin ce n’est pas Mastroianni non plus. Le film partait avec un handicap certain, d’autant qu’en 2001 Zeki Demirkubuz avait tourné une autre adaptation de ce roman qui avait été très bien reçue. Il existe aussi un court métrage adapté du livre, The Stranger, d’un certain Clay Lifford. Le film d’Ozon est donc la quatrième adaptation du roman de Camus. Doté d’un gros budget, près de 8 millions d’euros tout de même, le film d’Ozon était présenté comme une production de prestige. C’était en fait la quatrième adaptation du livre de Camus qui avait fait aussi...