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L’étranger, François Ozon, 2025

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  Pour dire la vérité, je suis allé voir ce film un peu à reculons. Pour plusieurs raisons, d’abord parce que je connaissais très bien le livre d’Albert Camus, et que je connaissais aussi la version audio enregistrée par Albert Camus lui-même. Ensuite j’avais vu le film de Luchino Visconti qui était selon moi raté et qui avait reçu à sa sortie une volée de bois vert. Évidemment Ozon, ce n’est pas Visconti, et le pâlot Benjamin Voisin ce n’est pas Mastroianni non plus. Le film partait avec un handicap certain, d’autant qu’en 2001 Zeki Demirkubuz avait tourné une autre adaptation de ce roman qui avait été très bien reçue. Il existe aussi un court métrage adapté du livre, The Stranger, d’un certain Clay Lifford. Le film d’Ozon est donc la quatrième adaptation du roman de Camus. Doté d’un gros budget, près de 8 millions d’euros tout de même, le film d’Ozon était présenté comme une production de prestige. C’était en fait la quatrième adaptation du livre de Camus qui avait fait aussi...

Le stratège, The Mastermind, Kelly Reichardt, 2025

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Kelly Reichardt est une réalisatrice plutôt confidentielle qui dit que ses films ne rapportant rien ou pas grand-chose, elle vit essentiellement de son travail d’enseignante. C’est donc une réalisatrice dont l’œuvre a beaucoup de mal à percer au niveau du grand public, mais qui plait beaucoup aux festivaliers et à la critique. C’est le genre de film qui signale une sorte de divorce profond justement entre la cinéphilie qui se regarde penser, et le public populaire. Ce divorce a des conséquences importantes parce que justement ces deux publics paraissent ne jamais se rencontrer, au moment même où les salles se vident de plus en plus et où la production des fictions cinématographiques sont financées – vampirisées faudrait-il dire plutôt – par les plateformes comme Netflix, Amazon ou Disney dont la logique est d’enfermer les spectateurs chez eux. Kelly Reichardt s’est donc emparé d’une histoire de braquage foireux, une sorte de I soliti ignoti de Monicelli remis au goût du jour, mais a...

Le faucon maltais, variations autour de l’ouvrage de Dashiell Hammett

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  L’ouvrage est d’abord publié avec succès en plusieurs épisode dans la revue Black mask en 1929. En 1930 il paraît sous forme d’un roman chez Alfred A. Knopf, il sera traduit en français sous le titre Le faucon de Malte en 1936, bien avant la création de la Série noire, dans une collection qui n’était pas tout à fait policière, mais qui n’était pas la blanche non plus. Il est considéré comme l’archétype du roman de détective, et il fut maintes fois copié, plagié, utilisé comme référence par de nombreux auteurs. Ecrit dans la continuité des nouvelles qu’Hammett écrivait pour Black mask, il a participé à une révolution dans le roman policier, notamment à cause de ce style que Jean-Pierre Manchette, toujours à la recherche de classifications, qualifia de « béhavioriste ». Raymond Chandler reconnaîtra dans un article devenu célèbre, The simple art of murder, l’influence décisive d’Hammett sur sa propre carrière, soulignant qu’il avait su faire sortir le roman policier de sa forme ...