Articles

Le diabolique Monsieur Benton, Julie, Andrew L. Stone, 1956

Image
Andrew L. Stone est un réalisateur qui a fait une très longue carrière et on peut dire qu’il n’a vécu que pour le cinéma. Il a commencé par le court-métrage et puis, encore au temps du muet, il est passé au long métrage. Sa carrière s’étale sur une cinquantaine d’années. Il s’est un peu dispersé, sans se fixer sur un genre en particulier, et à la fin de sa carrière, il tournait des comédies musicales. Le sommet c’est certainement dans le film noir qu’il faut le trouver. À ce moment-là, dans la deuxième partie des années cinquante, il était un auteur complet. Il écrivait ses scénarios, réalisait et produisait avec sa seconde épouse, une ancienne monteuse. C’était un esprit indépendant, il avait refusé un contrat somptueux au milieu des années trente avec la MGM parce qu’il craignait que celle-ci ne le contrôle et le bride dans sa créativité. Préférait travailler avec Paramount qui lui foutait la paix. Il fonda donc avec sa seconde épouse une société de production dont les films étaien...

Les misérables, Fred Cavayé, 2026

Image
  Je ne sais pas si ce film fera ses frais. Il a coûté très cher, entre 33 et 43 millions d’euros, ce qui veut dire qu'il sera rentable au-delà de 4 millions d’entrées en France. Mais tout m’incite à ne pas aller le voir. La première raison est qu’il me semble que cette nouvelle adaptation – peut-être la cinquantième si on compte à la fois celles pour le cinéma et celles pour la télévision – est parfaitement inutile, à la fois dans sa forme et dans son esprit. Il apparait que le cinéma français aux abois, après avoir adapté médiocrement Alexandre Dumas – Les trois mousquetaires et Le comte de Monte Cristo – continue de se rabattre sur des classiques de la littérature pour essayer de se sortir du trou où il se trouve. Ce principe de marketing est déjà suspect. La seconde raison niche dans la distribution. Tous les acteurs semblent sortir d’un déjeuner chez Lipp ou dans un quelconque restaurant de Saint-Germain-des-Prés.   Jean Valjean à la sortie de son restaurant préféré...

Denis Mellier, La littérature fantastique, suivi de La fabulation noir, Rouge profond, 2026

Image
         En lisant des romans noirs ou en visionnant des films noirs, je me suis rendu compte d’une parenté plus ou moins relâchée avec le fantastique. Au cinéma des réalisateurs comme Jacques Tourneur ou Robert Wise se situent par leur filmographie au carrefour. C’est assez étrange, quoique de très grands écrivains aient travaillé dans la veine fantastique, c’est tout de même un genre qui peine à avoir pignon sur rue. Les surréalistes, Breton en tête, qui disaient détester le roman, toléraient pourtant le fantastique. Ils trouvaient qu’à la différence du roman en général il y avait là une ouverture vers une vision autre de la littérature, comme une imagination un peu plus débridée. La littérature fantastique est une réédition d’un titre qui avait paru en 2000 je crois, et qui était devenu introuvable. Denis Mellier est un spécialiste de la chose, un universitaire. Il y a donc ici deux ouvrages en un. Le premier travaille si on peut dire à la définition du dom...

Main basse sur la ville, Le mani sulla citta, Francesco Rosi, 1963

Image
Le film de Rosi ne traite pas directement de la mafia. Il s’agit ici de spéculation immobilière à Naples, bien que le nom de cette ville ne soit jamais cité. Cependant, la manière dont les hommes politiques qui gèrent la ville sont corrompus fait penser tout de suite aux pratiques mafieuses du sud de l’Italie ou en Sicile au « sac de Palerme » [1] . Il ne s’agit pas d’un fait réel, mais d’une recomposition de ce qu’on a pu connaitre dans le sud de l’Italie comme détournement de fonds publics et comme spoliation des plus pauvres – c’est d’ailleurs une réalité encore aujourd’hui. Notez qu’après  Salvatore Giuliano , Rosi s’attaque à une période en apparence heureuse de la transformation de l’Italie, nous sommes au début des années soixante, mais c’est pour montrer comment le Sud paye le prix du développement du Nord industriel parce que l’État ne fait pas son travail de favoriser un système politique un peu moins corrompu.   Que ce soit à Palerme ou dans le sud...