Fauda saison 5, Omri Givon, 2026

La saison 5 de: ( FAUDA ) C'est disponible sur Netflix .

Je ne regarde guère de séries, une des raisons, est que cela prend bien trop de temps et oblige pratiquement à rester à regarder les épisodes les uns derrière les autres en oubliant la vie et le reste. Mais je fais quelques exceptions. La série Fauda est maintenant bien connue dans le monde entier. Et il est probable que la cinquième saison sera aussi la dernière. Son succès qui repose sans doute sur une bonne dose de réalisme l’a amenée à être financée par Netflix. J’ai déjà parlé de la saison 1[1] et de la saison 4[2]. Il y a beaucoup de raisons à apprécier cette série en général, d’abord parce qu’elle parle d’un sujet des plus brûlants, le terrorisme palestinien sur fond de guerre, ensuite parce qu’elle est très noire et très ambiguë, et enfin parce qu’elle a des qualités techniques évidentes. Cela fait onze ans qu’elle dure, et évidemment elle a beaucoup évolué par la force des choses, la guerre dans cette région du monde est omni présente et beaucoup ont pris fait et cause pour l’un et l’autre camp, malgré la complicité de la situation. La saison 5 se passe après le pogrom du 7 octobre 2023, sans doute le plus grand traumatisme pour les Israéliens depuis la création de l’État d’Israël. Ce pogrom qui ramène les terroristes palestiniens au rang de la bête, est directement à l’origine de la guerre qu’Israël a mené contre le Hamas en dévastant la bande de Gaza et en l’amenant ensuite à des incursions contestées au sud du Liban, avec les dégâts matériels et humains que l’on connait. Il y a donc obligatoirement une lecture politique de cette série. Certains la trouvent trop partisane, voire raciste ce sont en général ceux qui se sentent proches de la cause palestinienne, et d’autres au contraire la trouvent plutôt juste car elle ménage tout de même une forme d’humanisme et tentent de comprendre la complexité de la situation. Cette double lecture est d’ailleurs au cœur de la saison 5 comme on va le voir, puisque cette saison met en scène des soutiens européens à la cause palestinienne, notamment à travers du personnage un peu égaré de la française Anne. C’est sujet brûlant sur lequel on prend un plaisir à se déchirer et à s’insulter, comme si cette guerre était plus terrible qu’une autre, que la guerre en Ukraine ou que la guerre que les Etats-Unis mènent contre l’Iran. 

Elie interroge durement Maher 

Elie qui a été traumatisé par l’assassinat de sa famille le 7 octobre 2023, reçoit un jour de 2025 une information de la part du père de Yusuf, un bédoin, dont le fils lui aussi a été assassiné par les terroristes palestiniens. Un contact à Marseille aurait repéré Elyad, un terroriste palestinien qui a participé aux massacres des leurs et dont les caméras de surveillance ont capturé le visage sur les lieux du crime. Ils vont s’embarquer sans rien dire à personne, en songeant à leur vengeance. Doron apprenant cela, inquiet pour son ami Elie, va partir à leur suite. Entre temps Elie et son ami bédoin ont retrouvé la trace d’Elyad qui tient une sorte de fast food. Mais au moment où ils arrivent sur place celui-ci va être prévenu et à son tour il alerte ses amis. Une fusillade s’ensuit, le bédoin est tué, et Elie abat Elyad et un de ses amis venu à sa rescousse. Doron arrive juste à temps avec Steve, ils évacuent Elie.. Le trio va maintenant pister Maher Zeytoun qu’Elyad leur a indiqué être le chef du commando qui a assassiné la famille d’Elie et Yussuf. Ils coincent Maher, le torturent pour le faire parler. Maher ne veut pas parler devant sa femme, la française Anne, mais en aparté il révèle qu’il est un agent double et qu’il travaille pour Mossad. Ce qui est confirmé par Dana. Mais les caméras de surveillance vont parler et un policier proche des Palestiniens a reconnu Steve et va lancer la chasse. Il arrête donc Steve qui évidemment ne parle pas Dana vient à Marseille pour faire élargir Steve, et pour récupérer Maher. Mais celui-ci trop sûr de son impunité révèle qu’il a bien tué Hagit la femme d’Elie après l’avoir violée. Doron l’abat sous les yeux de Dana. 

Doron a abattu Maher qui a avoué avoir violé et tué la femme d’Elie 

Cependant, Doron et Elie vont essayer d’infiltrer le réseau terroriste palestinien dirigé depuis Marseille par Saeed el Hatib qui recrute parmi les européens pro-palestiniens. Anne, de son côté, qui est travaillée par le chagrin va évidemment plonger. Doron et Elie vont participer à une manifestation pro-palestinienne à Marseille. Essayant d’enlever un des dirigeants de ce groupe terroriste pour le faire parler, ils sont récupérés par lui, et finalement après avoir participer à un hold-up pour financer la cause, ils vont se retrouver en Syrie accompagnant les autres Européens qui veulent faire la guerre à Israël. En Syrie, ils sont arrêtés par des faux soldats israéliens qui en fait cherchent à les faire parler, mais ils tiennent bon et rejoignant le camp d’entraînement où Saeed el Hatib prépare un gros attentat le jour de la commémoration des morts. Elie et Doron essaie de connaitre la cible, mais ils n’y arrivent pas, et Anne finit par abattre Elie qui avait réussi à photographier les documents de préparation de l’attentat, alors que les Israéliens tentent d’exfiltrer Doron et Elie. L’idée de Saeed el Hatib est de faire sauter des bombes humaines au cœur de la foule pour faire le maximum de dégâts. Doron s’aperçoit que Saeed el Hatib les a trompés et les a envoyés sur une fausse piste. A un barrage de police Doron va dissuader Anne de se faire sauter, et celle-ci lui donne une piste, un cimetière où on célèbrera les soldats décédés. Doron, Steve et quelques autres vont finalement éviter le massacre, et Doron tuera de sang-froid Saeed el Hatib. A la fin nous voyons la foule rassemblée pour célébrer le décès d’Elie et Doron pleurer. 

Anne est allée voir le corps de son mari à la morgue 

Il y a clairement trois parties, la première qui se passe à Marseille et qui décrit le fonctionnement d’un réseau terroriste palestinien, ensuite la partie en Syrie, avec les longs interrogatoires d’Elie et de Doron, et la troisième, la course contre la montre pour prévenir un attentat majeur. La première partie n’est pas très bonne, et les décors censés représentés Marseille ne sont pas crédibles. Les deux dernières parties sont à l’inverse très bonnes, excellentes, aussi bien au niveau de la crédibilité des difficultés de l’enquête que de la réalité décrite. Ces deux dernières parties comportent dans les épisodes 7 et 8, une description du 7 octobre 2023 et de la participation des personnages principaux, Doron, Steve, Elie et leurs compagnes et leurs enfants, pour essayer de se défendre. Un encart nous dit que ces deux épisodes qui sont les réminiscences de Doron qui avait perdu partiellement la mémoire suite au désastre du 7 octobre, peuvent être sautés et sont très durs à regarder. Si on connait un peu les crimes atroces qu’ont commis les terroristes palestiniens ce jour-là, on verra que leur représentation est très, très, loin de la réalité rapportée par les vidéos que les terroristes eux-mêmes ont prises et ont communiquées sur les réseaux sociaux comme des titres de gloire. Mais on dit un peu la même chose de la Shoah[3], ce qui s’est passé ce jour-là et qui depuis a été occulté par les médias dominants occidentaux, au profit de la mise en scène des malheurs des Gazaouis qui depuis ont payé un lourd tribut aux exactions du Hamas et des groupes associés, à tel point que les ennemis d’Israël et généralement les antisémites parlent sans précaution d’Israël comme d’un État génocidaire. 

La police française interroge Steve sur son rôle dans la mort de Maher 

Cette saison est donc très ancrée dans la réalité de cette terrible guerre qui ravage maintenant toute la région, même quand cette réalité n’est pas correctement représentée. Les épisodes marseillais relèvent un peu de la carricature, notamment le personnage du policier qui est clairement un indicateur des Palestiniens. Si Marseille compte beaucoup de Musulmans, on avance le chiffre de 200 à 250 000, soit le quart de la population, les réfugiés palestiniens se comptent par quelques petites dizaines, ce qui est bien insuffisant pour en faire une force capable de développer une puissance de recrutement importante. Si nous faisant abstraction de tout cela, le personnage d’Anne est très important. Il rappelle très fortement celui de Charlie dans The Little Drummer Girl, l’excellent film de George Roy Hill d’après le roman de John Le Carré[4]. Comme elle Anne est séduite par la cause palestinienne, et comme elle, elle ira s’entraîner dans un camp palestinien, et encore comme elle, elle se retournera contre ceux qu’elle a servi d’abord aveuglément avant de comprendre la profondeur de ses engagements. Elle représente les illusions de l’Occident quant à cette cause, illusions aggravées par le fait que son mari terroriste a été tué. N’ayant rien su de ses activités réelles, elle faisait semblant de croire qu’il n’était qu’un petit comptable pour le compte du Hamas. 

A son entrée en Syrie, le convoi est arrêté par des islamistes qui se font passer pour des soldats israéliens 

Maher Zeytoun et Saeed el Hatib sont deux personnages qui représentent justement l’ambigüité de cette cause palestinienne. Prenant prétexte des souffrances réelles de leur peuple, ils mènent un combat obscur où la soif de domination, la logique suicidaire, les grisent jusqu’à oublier complètement le but affiché et pour lequel les organisations de gauche croient militer. Anne découvrira tardivement qui était vraiment son mari quand on lui montrera un entretien d’embauche du Shin Bet où il avoue clairement le viol de la femme d’Elie et le meurtre d’enfants, ce qui la fera revenir sur terre. Les épisodes en flash-back du 7 octobre démontreront toute la cruauté de Maher Zeytoun, encore qu’on nous épargnera justement le plus insupportable. Cependant, Anne est aussi quelqu’un de suicidaire, après la mort de son mari, elle s’engagera dans une mission suicide où elle sait qu’elle perdra probablement la vie. 

Anne n’arrive pas à tirer sur l’image d’une femme et de son bébé 

Si on suit la série depuis le début, on remarquera qu’elle est de plus en plus désespérée. Certes les Israéliens luttent toujours pour leur survie, mais le pogrom du 7 octobre les a marqués. Parmi les scènes marquantes sur le plan de la métaphore, il y en a deux, d’abord quand Hagit, ses deux enfants et Yussuf s’enferment dans la safe room pour tenter d’éviter de se faire assassiner, Maher les fera enfumer, comme s’il voulait rejouer ces épisodes de la Shoah qui voyaient les Juifs mourir dans les chambres à gaz. L’autre scène c’est le parcours du cimetière vers la fin quand il s’agit de déjouer un attentat de masse. C’est l’image d’un peuple qui vit parmi les tombes. Le cimetière qui accueille cette foule n’a aucunement l’image d’un lieu de recueillement, le grouillement populaire laisse plutôt penser à l’idée de résurrection. Au cours de l’évocation du 7 octobre, la série pose la question, comment se fait-il que la sécurité ait montré autant de failles. C’est un débat qui est en cours depuis 3 ans déjà, pour les uns les services de sécurité avaient alerté le premier ministre, mais celui-ci préférait déployer des soldats en Cisjordanie pour la protection des colons, et plus récemment les autres penchent sur le fait que les Émirats Arabes Unis auraient alerté directement Netanyahu de l’attaque imminente et celui-ci aurait ignoré l’avertissement. On entendra encore parler de ces hypothèses durant la campagne électorale en Israël[5]. Mais Fauda n’insiste pas particulièrement sur ce sujet brûlant. 

Elie et ses hommes essaient de comprendre se qui se passe à l’aube du 7 octobre 

Peu importe de ce qui est réel ou non, les protagonistes de cette histoire se sentent tous coupables à des titres divers. Doron qui n’a pas réussi a sauvé une jeune femme blessée le 7 octobre, passe son temps à se laver les mains, Elie se sent coupable d’avoir tardé à rejoindre sa maison. Dana se sent coupable d’avoir engagée Maher, et bien sûr Anne se sent doublement coupable, d’avoir cru en Maher, mais aussi d’avoir tiré dans le dos d’Elie. Le complément de ce sentiment de culpabilité c’est naturellement l’idée de vengeance. Les Palestiniens se sentent en droit de se venger des exactions des Israéliens, et les Israéliens pensent que la vengeance des morts du 7 octobre 2023 est légitime. Les imbéciles de Télérama n’ont pas compris que Fauda n’est pas destinée à proposer un apaisement, mais à décrire d’une manière fictionnelle ce qui se passe dans la tête des uns et des autres, ce qui les motive. Emilie Gavoille ne comprend pas que l’idée de vengeance non seulement se trouve des deux côtés, mais qu’en outre celle-ci a toujours été une motivation de la guerre, peut-être cette journaliste est-elle gênée par le personnage d’Anne auquel elle peut s’identifier[6] ? 

Les terroristes vont traverser la frontière en passant par la Jordanie 

Sur le plan cinématographique, la réalisation d’Omri Givon est très solide, surtout quand le réalisateur utilise les décors naturels israéliens. On peut regretter un montage assez heurté, mais le rythme dans l’ensemble est plutôt bon. Il y a un suspense tout à fait haletant, certains ont reproché à la série de manquer de psychologie parce qu’il y aurait trop de scènes d’action, mais il est difficile de faire un film de guerre en ôtant une certaine crudité dans l’action proprement dit, c’est le cas du massacre du 7 octobre, mais aussi des scènes de torture. Les scènes figurant Marseille auraient été tournées à Budapest et non sur place, la production craignant des difficultés sur place. Ce sont les moins bonnes de la série, mais peut être que je dis ça parce que je connais bien Marseille. La manifestation caricaturale de la manifestation pro-palestinienne est également un peu gênante. Et puis il y a les traditionnelles images des locaux du Shin Bet qui nous donnent à voir avec orgueil la haute technicité du renseignement israélien, piratage des téléphones, images satellites, etc. la saison 5 montre curieusement l’immeuble du Shin Bet comme s’il était une sorte de tour d’ivoire dans laquelle ses servants sont enfermés et comme coupés un peu du monde réel. 

Doron dissuade Anne de se faire exploser 

La distribution s’est construite comme d’habitude autour de Lior Raz, le créateur de la série, qui incarne Doron. Il est très puissant, très charismatique, mais il se révèle aussi très fragile et pleurera aussi. Un des acteurs qui devait tenir un rôle dans cette saison 5, Idan Amedi, n’a pas pu participer car il a été blessé, engagé dans la guerre de représailles à Gaza. Derrière on a des personnages habituels, Yakov Zada Daniel dans le rôle d’Elie, l’excellente Meira Shirom dans le rôle de Dana et Itzik Chen dans celui du capitaine Gabi Aoub qui a beaucoup grossi et qui reprend du service. On retrouve aussi Doron Den David dans le rôle de Steve. Ils sont tous plutôt bons. La surprise vient plutôt de Mélanie Laurent qui incarne la tourmentée Anne, à la recherche de son identité, d’une cause et qui pleure exactement quand il faut, montrant une sorte de mélange de force et de fragilité. Elle est très bonne. C’est la deuxième fois que Fuada utilise une actrice française pour un rôle important, la première fois, c’était Laura Smet dans la saison 4, mais ce n’était pas une réussite. Hakim Djaziri, acteur franco-algérien, incarne Saïd al-Khatibi, il est beaucoup moins convaincant, il roule trop souvent des yeux derrière un sourire mielleux qui sent l’artifice. Il disait que sa famille et lui avait fui l’Algérie à cause des exactions des islamistes radicaux. 

Au cimetière Doron tente de repérer les terroristes 

Si on excepte les épisodes Marseillais, la cinquième saison de Fauda est très bonne. Bien entendu, même si la lecture politique de cette saison est sous-jacente, la saison 5 n’est pas aussi pédagogique qu’on pourrait croire, ce n’est pas une saison de propagande pour Israël. Évidemment ça ne pourra pas plaire aux militants de la cause palestinienne qui se sentiront insulté par le personnage de Anne. Les amateurs de films noirs apprécieront au contraire l’ambigüité de cette histoire, les flash-back, l’idée de vengeance aveugle et la cruauté des personnages. 

Doron a abattu Saïd al-Khatibi


https://www.youtube.com/watch?v=TWfEbaNG_no


[1] https://alexandre-clement-films-noirs.blogspot.com/2025/01/fauda-saison-1-2015.html

[2] https://alexandre-clement-films-noirs.blogspot.com/2024/12/fauda-saison-4-janvier-2023.html

[3] Claude Lanzmann prétendait qu’une œuvre de fiction ne pouvait représenter en profondeur la Shoah.

[4] https://alexandre-clement-films-noirs.blogspot.com/2025/01/la-petite-fille-au-tambour-little.html

[5] https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/netanyahou-avait-ete-informe-que-le-hamas-preparait-une-operation-majeure-quelques-jours-avant-lattaque-du-7-octobre-revele-une-enquete-journalistique-20260908_5BDY7DZPIBEQFLIVYSTEFNDCU4/

[6] https://www.telerama.fr/series-tv/fauda-sur-netflix-une-saison-5-post-7-octobre-en-forme-de-brulot-politique_cri-7045748.php

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