François Thomazeau revisite l’œuvre de Lucien Roudier, alias Eller

Proantic: ELLER (Lucien Roudier dit) ( 1894 – 1940) peintre des années

Scène de bar des années 20 

C’est François Thomazeau qui nous a signalé la peinture de Lucien Roudier que je ne connaissais pas[1]. Ce dernier était né à Marseille en 1894 et il décédera en 1940 à Boulogne-Billancourt. S’il signait ses toiles Eller, c’est que cela rappelait ses initiales – L.R. son œuvre revêt une triple importance. D’abord par ses sujets qui révèle un monde interlope, un monde de la nuit, avec ses macs, ses putes, mais aussi ses clubs de jazz. Même s’il ne peindra pas que ce genre de scènes de genre, c’est bien cela qui apparaitra comme le plus original dans sa peinture. Ensuite il a un style très particulier, expressionniste si on veut, qui présente une parenté avec Georges Rouault ou encore Van Dongen, qui donne une allure très moderne, mais moderne à la manière des années folles. Enfin, parce que c’est encore un des peintres marseillais qui sera un peu oublié parce qu’au fond il n’arrivera jamais à se faire reconnaitre à Paris. On le sait les peintres marseillais auront du mal à percer sur le marché, parce que celui-ci se structure autour des marchands et des galeries. 

Lucien Roudier Eller

Trois grâces, 1925 

À l’époque où Lucien Roudier évoque l’univers des quartiers réservés, Marseille va devenir après Paris un nouveau pôle de la prostitution, avec son quartier réservé, ses ruelles étroites et ses règles, développant une nouvelle culture de la marge. Ce milieu va tellement se développer qu’il finira par dominer Paris, les proxénètes corso-marseillais monteront jusqu’à la Capitale pour faire de Pigalle leur quartier général, avec tout ce qui va avec, et cela jusque dans les années quatre-vingt-dix. Cette évolution fera sortir si on veut la prostitution de son économie artisanale pour devenir une industrie à haut rendement. Le quartier réservé marseillais qui fut détruit, comme le Pont transbordeur, pendant l’Occupation par les Allemands, a fasciné beaucoup d’écrivains, à commencer par Francis Carco et Pierre Mac Orlan chantres ce cet univers parallèle. 

Le rire, 1926 

Bien entendu Roudier n’a pas peint que cet univers, il a peint aussi, vers la fin de sa carrière, des Don Quichotte, mais c’est cette première période que généralement on retient. Le dessin comme les couleurs choisies par Lucien Roudier pour ses toiles sont remarquables par ses unités de ton, et par un aspect pastellisé. C’est cette manière de faire qu’il réservait à des aspects particuliers de la vie nocturne ou des sombres salles de bistrot. Il savait aussi être solaire, avec des couleurs violentes, dès lors qu’il s’intéressait aux mouvements de la rue. 

Les gitanes, 1937



[1] https://centre-cormier.com/events/lucien-roudier-le-grand-peintre-du-marseille-des-annees-folles/

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Robert Hossein et les nazis

Décès de Brigitte Bardot

J’aurais ta peau, I, the jury, Harry Essex, 1953