Emile Diaz & Thierry Colombié, Milou, Truand, Robert Laffont, 2015
Des livres de bandits, grands ou petits, il y en a beaucoup, de plus ou moins bons, de plus ou moins intéressants. Emile Diaz est un bandit marseillais, un de la Belle-de-mai. Il a donc connu Francis le Belge qui était de la même génération que lui et du même quartier. Arrivé à un âge avancé, il a raconté sa vie et celle de ses collègues dans le crime à Thierry Colombié. Celui-ci a mis ces confidences enregistrées sur la longue durée en musique, donnant de ci de là son opinion, ou précisant tel ou tel point. Il a beaucoup écrit sur le crime, et notamment deux volumes sur Francis le Belge qui en leur temps avaient été appréciés. Toutes les histoires de truand se ressemblent un peu, surtout celles de ces voyous nés dans les années quarante : ils braquent un peu, rackettent de ci de là, et puis se lancent dans le trafic de drogue, ou le placement des machines à sous. Mi corse, mi espagnol, son père était ouvrier et communiste, Milou est orphelin assez rapidement, évoluant dans un milieu pauvre, il va donc se débrouiller tout seul, tout en comptant sur une partie de sa famille, le côté corse, pour faire ses classes. Il va grimper les échelons, un à un, du pillage des trains, jusqu’à la French Connection, la fausse monnaie et les jeux. Bien entendu ne comptez pas qu’il vous raconte tout. Il va de soi qu’il y a beaucoup de choses qu’il cache, on en devine un peu, et des noms connus qu’il évite de citer.
La tuerie du bar du Téléphone
Le parcours de Milou nous fait revivre les années soixante, soixante-dix et quatre-vingts à Marseille. Mais en même temps il montre combien le grand banditisme est devenu aujourd’hui bien autre chose. Certes cela a toujours été violent, un univers fait de fourberies et de trahisons, de corruption et de délation. Mais aujourd’hui il semble qu’on soit passé à tout autre chose, de plus sauvage, de moins structuré. La fin du récit de Milou qui dit s’être rangé des voitures, est assez amer. Et sans doute pas seulement parce qu’il a vieilli et regrette sa jeunesse folle. Comme tout le monde dans ce milieu, il est passé plusieurs fois par la case prison. Mais la dernière fois qu’il se fit enchrister aux Baumettes, il a découvert l’importance de la truanderie d’origine africaine et maghrébine. Au passage il nous décrit avec force détails la police et la justice comme deux institutions particulièrement corrompues. On a un compte rendu assez minutieux des circuits d’approvisionnement de la drogue et de sa fabrication, et encore la densité des relations entre le grand banditisme marseillais et la mafia sicilienne et la Camora.
On notera qu’au passage, Milou, mémoire vivante du grand banditisme marseillais éclaircit un certain nombre d’histoires sanglantes qui bien souvent ont été manipulées dans leurs conclusions par la police elle-même. C’est le cas pour le règlement de compte du Tanagra, mais aussi pour la tuerie du bar du téléphone. Bien sûr ce sont des analyses que lui-même avance, et on peut toujours avancer que c’est là aussi une interprétation de la réalité. Mais c’est le plus souvent très crédible. Il dresse aussi un portrait de Tany Zampa, dit le Grand, qui n’est pas très flatteur.
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