André Héléna, Hold-up, E.Vinay Editeur 1953

 

De temps en temps  quand je n’ai plus rien à lire, je me replonge dans l’œuvre d’André Héléna, un grand talent, souvent gâché par son incapacité à gérer sa carrière, trop occupé à faire les bistrots des Halles où il habitait, et à papoter de tout et de rien avec la faune des lieux. Bien sûr tout n’est pas bon dans ce qu’il a publié, mais il y a du très bon. Sans doute un des sommets de sa carrière c’est la série publiée chez Vilnay intitulée Les compagnons du destin. Cette série n’a été rééditée qu’une fois, chez Fanval par les excellents Bayon, Casoar et Evrard vers la fin des années quatre-vingts. C’est un panorama de la pègre parisienne, façon Pigalle, ses putes et ses marlous. Détaillé comme des petits métiers, elle dresse le portrait d’une délinquance qui vient de la misère, de la Guerre d’Espagne ou de la Résistance. Hold-up est le dixième et dernier de la série. Comme le titre l’indique, c’est l’histoire d’un hold-up qui tourne mal. Ortega et sa bande ont décidé d’attaquer un convoi bancaire au moment d’un transfert de fonds. Le coup réussi, mais un des membres de la bande perd son sang-froid et descend un malheureux qui passait par là, la police est sur les dents, et les dissensions entre les truands va entrainer la décomposition du gang. L’un a peur, l’autre est trop rapace, et la maitresse d’Ortega le trompe avec son ami, plus jeune que lui. Bref tout cela finira très mal. Les uns se font descendre, les autres se font arrêter. Ça ressemble assez bien dans sa structure à Asphalt Jungle, le film de John Huston, lui-même adapté d’un roman de série noire signe W. R. Burnett. Bien sûr avec cette géographie particulière du Paris des années cinquante. Puisqu’on parle de cinéma, on pourrait aussi rapprocher ce livre du film de Melville, Bob le flambeur qui sortira deux ans plus tard sur un scénario d’Auguste Le Breton, un autre héraut de la pègre parisienne de ces années-là. 

 

Héléna était un homme de gauche revendiqué, grand soutien du camp républicain dans la Guerre d’Espagne, mais un homme de gauche à l'ancienne. Et pourtant on trouvera des passages qu’aujourd’hui il serait impossible d’écrire sans risquer la censure au minimum, ou un procès pour cause de fascisme. Mais nous sommes en 1953, et on ne s’offusque pas encore de tout et de n’importe quoi. Il parle de Porte de La Chapelle.

« Dans ce coin, c’est bien simple, on n’était plus à Paris, mais en Afrique. On voyait un Européen une fois par hasard, et on pouvait le considérer comme un miracle. Les bistrots ; les commerçants, les artisans coiffeurs ou cordonniers, tout était bic. Le seul bar qui soit tenu par un Français c’était celui où il se trouvait, précisément, lui, Fernand. Aussi était-il vide. Les Arabes s’aggloméraient dans les boites tenues par leurs compatriotes et ils y restaient des heures, fatalistes, à attendre on ne sait quoi.

Vous regardez le coin, dit le patron, qui s’embêtait et voulait nouer la conversation. Il n’est plus beau à voir. Il n’y a que ça dans le secteur, on n’est plus chez soi.

Fernand qui n’était pas très bavard, grogna quelque chose.

Avant la guerre, ce n’était pas comme ça, poursuivit le bistrot. Mais depuis quelques années, c’est l’invasion. »


    

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